Agricole Ardèche – Drôme – Loire, a été aussi un moment fort : comme pour toute personne victime d’un
accident ou d’une agression très traumatisante, un soutien psychologique a dû être mis en place pour
accompagner les éleveurs dans le difficile gestion personnelle et familiale des conséquences.
Faudra-t-il attendre que l’irréparable se produise pour enfin comprendre la situation ? Ce n’est pas du tout
une vue de l’esprit : à côté des Pyrénéens venus apporter leurs soutien (ACAP et ADDIP), un éleveur finlandais,
représentant les éleveurs européens au niveau de l’UE, avait fait le déplacement pour s’informer sur la réalité
française. Il a notamment raconté cette histoire survenue chez lui : ne supportant plus une prédation totalement
ingérable, un groupe d’éleveurs décida de tuer la meute responsable. Ils furent emprisonnés le temps de
l’instruction, à sa sortie l’un d’eux se tira une balle dans la tête.
Faut-il dire : match nul, 1 à 1, une meute, un homme ? Mais où vit-on ? Quel monde, quelle Europe?
Parce que le problème est bien là, quelle Europe ? Impossible de ne pas poser la question quand le propre
représentant du Ministère de l’Environnement présent, conscient comme tous du caractère insupportable des
situations vécues, a posé le contexte dans lequel la France est obligée de raisonner. Obligée en effet parce le
texte européen qui encadre les loups, et au delà toute la politique environnementale des États membres, est
juridiquement contraignant.
La directive Habitats, Natura 2000, impose l’obligation, sous peine de très lourdes amendes, de donner la
priorité aux loups, comme au « sauvage » en général. Les marges de manoeuvre pour essayer, malgré tout, de
préserver hommes et troupeaux sont très étroites et toujours susceptibles des foudres de la Cour Européenne. Ce
n’est pas là non plus une vue de l’esprit : ce qui se passe à l’heure actuelle autour du hamster en Alsace, la
récente condamnation de notre pays par cette Cour pour ne pas avoir intégré dans sa législation les articles les
plus contraignants de la Directive, montrent clairement où est la contrainte.
Ces marges de manoeuvre, il faut bien sûr en jouer le plus possible. Cela ne règlera rien sur le fond, et tout
le monde dans la salle comme à la tribune en était conscient. Oui, sur ce plan la situation peut être désespérante.
Elle n’est pas désespérée. D’une part certaines marges de manoeuvre sont sans aucun doute à creuser davantage ;
travail difficile et incertain mais indispensable et en cours. Mais d’autre part, sur le fond, dans quasiment tous les
Etats membres on commence à se poser de sérieuses questions sur cette Directive, à de multiples niveaux, dont
la biodiversité elle même, qu’il serait trop long de reprendre ici.
Pour la situation pyrénéenne, l’ADDIP depuis longtemps alerté sur cette Directive et a déjà mené une
réflexion de fond la concernant. Nous ne sommes plus seuls, pas seulement en France, en Europe aussi. Comme
avec les loups, pour les ours, sur le terrain, des solutions concrètes sont à trouver, des actions à mener. Mais au
delà, et les éleveurs présents au séminaire de Valdeblore l’ont exprimé avec force, cet ensauvagement de nos